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Bachar Al-Assad devant le Parlement syrien le 30 mars 2011.
Le président syrien Bachar Al-Assad a dénoncé hier une « conspiration majeure dont les fils s’étendent très loin dans certains pays et même à l’intérieur du pays ». Il a rejeté la responsabilité des troubles, qui ont commencé le 15 mars dernier, sur des éléments étrangers. Selon lui, « cette conspiration est différente sur la forme et sur le moment choisi de ce qui se passe ailleurs dans le monde arabe ».

Peu après la retransmission du discours présidentiel à la télévision, le militant réformateur syrien Razan Zaitouneh a fait valoir sa déception : « Le fait qu'il attribue tout à des conspirateurs signifie qu'il ne reconnaît même pas la racine du problème. (...) Je n'ai pas d'explication à ce discours. Je suis en état de choc. Il y a déjà des appels pour une journée de la colère vendredi».

Mark Toner, porte-parole du département d'Etat américain, a commenté le discours d’Assad en soulignant qu’il était « bien plus facile de s'en remettre à des théories du complot (que de) réagir de manière significative aux appels en faveur de réformes ».

Dès les premiers jours de manifestations, le régime syrien a accusé Tel-Aviv d’essayer de déstabiliser le pays. Les autorités ont notamment déclaré que « plus d’un million de SMS, pour la plupart en provenance d’Israël, avaient été envoyés aux Syriens. Les messages les appelaient à "utiliser les mosquées comme un point de départ pour les émeutes" ».

De son côté, le leader vénézuelien Hugo Chavez a qualifié il y a quelques jours les manifestants syriens de « prétendu mouvement pacifique » et a évoqué une stratégie colonialiste :

« Le prétendu mouvement pacifique a déjà commencé et il y aura des morts, et ils accuseront le président Syrien de tuer son propre peuple. Plus tard, les Yankees viendront et voudront bombarder les gens pour les sauver, imaginez cela. Quel cynisme honteux ! C'est une nouvelle stratégie qu'ils ont inventé afin de générer des conflits armés violents et de verser le sang dans un pays afin de le bombarder et d'intervenir pour prendre le contrôle des ressources naturelles et le convertir en colonie ».

La vieille recette du "complot"

Ariane Bonzon (Slate.fr) analyse le discours du président syrien essentiellement comme une manière de justifier le maintien de l’état d’urgence mis en place en... 1963. « Il ne croit sans doute pas un mot de ce qu’il dit, Bachar el-Assad. Mais c’est dans les vieilles marmites qu’on fait les bonnes soupes. Et la vieille marmite pour le président syrien, c’est celle du "complot" dont la Syrie serait l’objet (...) La méthode est éculée. Si elle réussit une nouvelle fois (...), ce sera parce que ce régime autoritaire convient finalement à beaucoup de monde – exceptés à de nombreux Syriens».


Voir aussi, sur Conspiracy Watch :
* Quand les conspirationnistes crient haro sur le printemps arabe
* La théorie du complot, au cœur de la crise égyptienne
* Ces théories du complot qui fleurissent en Tunisie


Dernière mise à jour : 06/04/2011.