Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot

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Pierre Bourdieu
« Des textes produits dans le plus grand secret, délibérément obscurs et édictant des mesures à effet retard, pareil à des virus informatiques, préparent l’avènement d’une sorte de gouvernement mondial invisible au service des puissances économiques dominantes » (1).

« Les grandes firmes multinationales et leurs conseils d’administrations internationaux, les grandes organisations internationales, OMC, FMI et Banque mondiale aux multiples subdivisions désignées par des sigles et des acronymes compliqués et souvent imprononçables, et toutes les réalités correspondantes, commissions et comités de technocrates non élus, peu connus du grand public, bref, tout ce gouvernement mondial qui s’est en quelques années institué et dont le pouvoir s’exerce sur les gouvernements nationaux eux-mêmes, est une instance inaperçue et inconnue du plus grand nombre. Cette sorte de Big Brother invisible, qui s’est doté de fichiers interconnectés sur toutes les institutions économiques et culturelles, est déjà là, agissant, efficient, décidant de ce que nous pourrons manger ou ne pas manger, lire ou ne pas lire, voir ou ne pas voir à la télévision et au cinéma, et ainsi de suite (…). A travers la maîtrise quasi absolue qu’ils détiennent sur les nouveaux instruments de communication, les nouveaux maîtres du monde tendent à concentrer tous les pouvoirs, économiques, culturels et symboliques, et ils sont ainsi en mesure d’imposer très largement une vision du monde conforme à leurs intérêts » (2).

Ces lignes, et quelques autres (3), semblent tout droit sorties d’un brûlot conspirationniste. Elles ont pourtant été écrites par celui qui, sans conteste, a le plus profondément marqué la recherche française en sciences sociales au cours de la seconde moitié du XXème siècle : Pierre Bourdieu (1930-2002).

Extrait de Christopher Hitchens, « L'Iran d'Ahmadinejad en proie aux démons » (Slate.fr, 26 juin 2009 ; traduction : Bérengère Viennot).


Mon oncle Napoléon, d'Iraj Pezeshkzad
Le roman satirique le plus célèbre et le plus vendu en langue persane s'intitule Mon oncle Napoléon, écrit par Iraj Pezeshkzad. Il dépeint l'existence ridicule et finalement odieuse du membre d'une famille qui adhère à la théorie du « complot britannique » typique de l'histoire iranienne. Ce roman a été publié en 1973 avant de devenir une série télévisée iranienne fabuleusement populaire. Les versions imprimée et télévisée ont rapidement été interdites par les ayatollahs après 1979, mais survivent clandestinement sous forme de samizdat.

Depuis cette époque, l'un des principaux membres du clergé du soi-disant Conseil des gardiens, Ahmad Jannati, a annoncé au pays tout entier par le biais des médias que les attentats de Londres du 7 juillet 2005 étaient la « création » du gouvernement britannique lui-même. Je vous recommande chaudement de vous procurer un exemplaire en livre de poche, collection Modern Library, du roman de Pezeshkzad, publié en 2006, et de le lire de la première à la dernière page en consacrant une attention toute particulière à la préface d'Azar Nafisi (auteur de Lire Lolita à Téhéran) et à la postface, rédigée par l'auteur lui-même, qui dit :
Scientific American (juin 2009)
Les progrès sans précédent de la science à l'époque contemporaine sont loin d'avoir fait disparaître les croyances populaires dans les esprits, les fantômes, les soucoupes volantes, les forces-obscures-qui-tirent-les-ficelles-du-monde et autres phénomènes imaginaires. Beaucoup de "complots" dénoncés sur internet ou au Café du Commerce relèvent souvent du fantasme pur et simple.

Pourquoi tant de personnes semblent-elles alors si disposées à y accorder un crédit ? Michael Shermer, directeur de la publication du magazine américain Skeptic, ébauche une tentative de réponse dans un article récent de Scientific American.
Photographie d'une peinture murale à Téhéran
Le régime des mollahs est aux abois. Son recours désormais systématique à la théorie du complot pour expliquer le mécontentement populaire qui s’exprime dans la rue suite à l'élection présidentielle contestée du 12 juin, suffit à convaincre que le clan ultraconservateur réuni autour du Guide suprême Ali Khamenei et du président Mahmoud Ahmadinejad ne s’attendait pas à des manifestations d’une telle ampleur ni d’une telle intensité.

C’est ainsi que dimanche, sur la télévision iranienne, le ministre des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, a accusé la Grande-Bretagne d'avoir « comploté contre l'élection présidentielle depuis plus de deux ans ». D'après lui, « des éléments liés aux services de renseignements britanniques étaient arrivés en masse avant l'élection présidentielle ». La « preuve », selon lui : la compagnie aérienne assurant la ligne Londres-Téhéran avait dû avoir recours à un avion plus gros, « de type 747 ». « La Grande-Bretagne (...) voulait que personne n'aille voter, c'était la ligne des médias britanniques » a affirmé le ministre.

Par Sébastien Bohler (Cerveau&Psycho.fr)


Psychologie, superstitions et théories du complot
Les personnes confrontées à une situation de perte de contrôle adoptent systématiquement la thèse du complot. Mais pourquoi ?

Qu'il s'agisse de la théorie selon laquelle les tours du World Trade Center auraient été dynamitées par la CIA, ou de l'idée que Pierre Bérégovoy aurait été en son temps assassiné par les Renseignements généraux, il suffit de constater le succès de ces thèses conspirationnistes pour se convaincre que le complot a bonne presse.

L'époque y est propice. Un air de paranoïa plane sur les forums Internet. Pourquoi tant d'élucubrations maniaques ? À l'Université de Evanston dans l'Illinois, deux psychologues, Jennifer Whitson et Adam Galinsky, ont découvert un facteur qui expliquerait ce type de phénomène (voir " Lacking Control Increases Illusory Pattern Perception ", Science, n° 5898, 3 octobre 2008 - NDLR). Ils ont constaté que l'on se met à croire aux complots dès lors qu'on a l'impression de ne plus contrôler son environnement. Il s'agirait d'une façon de réintroduire du sens là où il semble ne plus y en avoir.

Amsterdam University Press, 2009, 368 pages.


L'imaginaire du complot, de Jérôme Jamin
Quatrième de couverture :
Le nationalisme, la xénophobie, le racisme et l’antisémitisme, l’opposition aux élites, la stigmatisation des étrangers, les discours anti-immigrés, mais aussi l’autoritarisme, l'idéologie 'loi et ordre' (Law and Order), l’antiparlementarisme et l’anticommunisme constituent quelques-uns des termes les plus souvent utilisés dans la littérature consacrée au populisme et à l’extrême droite. En fonction des partis politiques concernés, des contextes institutionnels et des particularités nationales et géographiques, ils prennent une dimension centrale ou secondaire. Sur la base d’une comparaison entre la France et les Etats-Unis, l’ouvrage vise à démontrer que l’ensemble de ces concepts entretiennent tous à des degrés divers un rapport fondamental avec un “imaginaire du complot”, c'est-à-dire avec un monde de significations structuré et cohérent qui privilégie la théorie du complot pour expliquer la politique et l’histoire.
Zéro Pointé Pocket, la version française de Zerobubbole Pocket
"Zéro Pointé Pocket" C'est le titre de la version française de la contre-enquête réalisée par les "debunkers" italiens du collectif Undicisettembre ("Onze septembre") et publiée sous le titre Zerobubbole Pocket.

Le document réfute point par point chacune des assertions frauduleuses contenues dans le film conspirationniste de Giulietto Chiesa, Franco Fracassi et Francesco Trento : Zero - Inchiesta sull'11 settembre.

Bastison.net (le site de Jérôme Quirant) et Conspiracy Watch ont été parties prenantes du travail de traduction de l'italien vers le français.

Le fichier en format PDF peut être téléchargé ici.


Voir aussi :
* Zéro pointé pour Giulietto Chiesa
Conférence de Philippe Corcuff sur la critique des médias
Le 30 mai dernier, Philippe Corcuff était invité au Forum Social de Cornouaille, à Quimper, pour une conférence intitulée « Une critique non manichéenne des médias est-elle possible ? ». A cette occasion, il est revenu sur ce qu'il considère comme l’un des écueils d’une certaine critique des médias : sa « tendance à se focaliser sur les manipulations intentionnelles », autrement dit à tenter de rendre compte de la réalité sociale par l’action concertée et secrète des journalistes et des élites économiques et politiques.

Maître de conférence à l'IEP de Lyon, membre du Conseil scientifique d'ATTAC et du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), Philippe Corcuff est l’auteur de plusieurs textes sur la critique des médias qui lui valent, depuis plusieurs années, l'inimitié du journal satirique PLPL (Pour lire pas lu, devenu Le Plan B) ou du site Acrimed. Son crime ? Avoir mis en évidence qu'une « tendance "conspirationniste" s’incarnait (...) dans le simplisme d’une critique "gauchiste" des médias », telle qu’elle peut être observée chez l’intellectuel américain Noam Chomsky ou le journaliste français Serge Halimi.

Voici la vidéo de son intervention :
La Télé Libre cautionne l’imposture de Harrit et Jones
Dans un article intitulé « 9/11: SUJET TABOU EN FRANCE! » et mis en ligne le 22 avril 2009 sur le site LaTéléLibre.fr du journaliste John Paul Lepers, on peut lire qu’« un spécialiste danois en nano-chimie, vient de publier un article scientifique démontrant la présence d’explosifs dans les décombres du World Trade Center » (1). Plus loin, l’auteur, Antoine Sanchez, nous explique que « dans notre pays, remettre en question la version officielle du 11 septembre n’est plus permis » (sic), que La Télé Libre ne « croit » rien, qu’elle ne fait que douter, et que, de toutes façons, beaucoup de gens ont des doutes sur les attentats du 11-Septembre (sur la pertinence de cet argument, voir : « Nous ne faisons que poser des questions » ). Evoquant le film d’intox Loose Change, Antoine Sanchez écrit : « ce film ne demande qu’une chose : une nouvelle enquête pour que la vérité soit établie. Sans cette enquête, les "conspirationnistes" de tous poil pourront prospérer en propageant ce qu’ils présentent comme des certitudes. » Autant dire qu’il faut inviter Robert Faurisson et Mgr Williamson à débattre de la Shoah pour éviter que les négationnistes ne prospèrent !
Jean-Marie Bigard
Dans une vidéo mise en ligne sur Dailymotion le mercredi 10 juin 2009, Jean-Marie Bigard en rajoute une couche sur sa version des attentats du 11 septembre 2001 :

« Le vendredi, je vais vous parler de la version officielle du 11-Septembre. Pas des "événements" du 11-Septembre, qui sont dramatiques – parce qu’il y a eu 2801 personnes qui ont été assassinées ce jour-là –, non ! Mais par contre la "version" officielle qui est très drôle ! Il y a un rire par page. Attention ! A ne pas manquer... ça c’est le vendredi (…) ».

En septembre 2008, Bigard avait déjà soulevé un tollé en s'exprimant à ce sujet au micro de Laurent Ruquier sur Europe 1.


Source :
* Eva Bronstein, « Jean-Marie Bigard nous casse les couilles ! », LeMague.net, 11 juin 2009.

Voir aussi :
* L'intégralité des propos de Jean-Marie Bigard sur le 11-Septembre
Siz Kimi kandırıorsunuz ?, de Soner Yalçın
Siz Kimi kandırıorsunuz ? « Qui trompez-vous ? » en version française. C’est le titre du best-seller turc du moment. Ce livre, paru en 2008 chez Dogan Kitap, s’est vendu à plus de 100 000 exemplaires dans un pays où aucun succès de librairie ne dépasse jamais le tiers de ce chiffre, si l’on en croit la revue Books de ce mois-ci.

Son auteur, Soner Yalçın, est aujourd’hui chroniqueur pour le quotidien Hürriyet (centre droit). Il était auparavant journaliste pour Aydınlık, l’organe de presse du Parti des travailleurs turcs de Dogu Perinçek, un obsédé du « Grand Complot américano-arménien contre la Turquie », condamné par la justice suisse en 2007 pour négationnisme.

Salué par la critique, et notamment par le journal turc Radikal (centre gauche), le livre de Soner Yalçın tente d’expliquer la prise de position du parti d’extrême droite MHP en faveur du voile islamique par l’action occulte des confréries soufies en Turquie.

Dans « Efendi : le grand secret des Turcs blancs », paru en 2004, Soner Yalçın entendait démontrer, arbres généalogiques à l’appui, que les postes clés du pays (dans les médias, la politique ou le crime organisé), étaient occupés par des dönme (sabbataïstes), c’est-à-dire… des Juifs convertis à l’islam au XVIIème siècle.

L’historien turc Rifat Bali avait alors dénoncé le fond antisémite de l’ouvrage dans un essai intitulé « Ce que nous dit Efendi ».


Voir aussi :
* En Turquie, le « complot judéo-islamiste » fait vendre
* Pour Dogu Perinçek, le génocide arménien est un complot impérialiste contre la Turquie
* Tempête de Métal : le nationalisme populaire et ses peurs, par Ebru Bulut

Par Nicolas Lebourg


Affiche antisémite
Bien sûr, il y a complot à partir du moment où il y a pouvoir à prendre, mais on s’attachera ici aux structures de complots imaginaires. Le thème du complot est fondamental au XXè siècle, son archétype étant la théorie du complot juif. Ainsi, la théorie du complot est un élément de l’Histoire et elle est elle même un moyen d’expliquer l’Histoire pour ceux qui y croient. Il s’agit donc d’un élément qui pour en être délirant ne permet pas moins d’appréhender une chose très complexe à saisir en histoire : l’imaginaire des sociétés, leurs fantasmes et la manière dont elles se représentent à elles-mêmes. La théorie du complot recherche un responsable aux éléments évolutifs du réel. La théorie du complot suppose une uni-causalité des faits. Elle est donc l’inverse même de l’Histoire qui repose sur la multi-causalité. Quiconque profère que l’histoire c’est le processus « une cause un effet » n’est pas un historien qui procède à un travail scientifique mais un narrateur qui conte un récit.

Lire la suite sur le site Fragments sur les Temps Présents.


Source : Fragments sur les Temps Présents, 28 décembre 2008.
Les ''squibs'' observés lors de l’effondrement des tours 1 et 2
Organisées par l'Université de Rennes 1, les 27e rencontres de l'Association des universitaires du Génie Civil (AUGC) viennent de se tenir du 3 au 5 juin. Plus de deux cent cinquante chercheurs, enseignants et professionnels se sont réunis à Saint Malo pour présenter leurs derniers travaux.

Spécialisé dans le calcul de structures, maître de conférences à Montpellier et fondateur du site bastison.net, Jérôme Quirant s'est vu proposer par ses pairs de produire une communication sur l'effondrement des tours du World Trade Center le 11 septembre 2001. « Ils en avaient assez de lire tant de bêtises et voir des affiches de "documentaires" foireux passant dans les salles ou en vente chez les marchands de journaux » écrit-il sur son site.

augc09_quirant.pdf AUGC09_QUIRANT.pdf  (796.34 Ko)

Barack Obama à l'Université du Caire le 4 juin 2009
Dans un discours prononcé hier à l'Université du Caire et qualifié d'« historique » par la presse, le président américain Barack Obama a évoqué brièvement les attentats du 11 septembre 2001. A l'intention de ceux qui adhèrent à la théorie du complot, il a déclaré :

« Je sais que certains mettent en doute ou justifient les événements du 11 septembre. Mais soyons clairs : ce jour-là, Al-Qaïda a tué près de 3 000 personnes. Les victimes étaient des innocents, hommes, femmes, enfants, d’Amérique ou d’autres nations, qui n’avaient fait de mal à personne. Et Al-Qaïda a choisi de les assassiner sans pitié, a revendiqué ces crimes et déclare même sa détermination à tuer sur une grande échelle. Il a des alliés dans de nombreux pays et tente d’augmenter son influence. Il ne s’agit pas là d’opinions dont on peut débattre, mais d’actes qu’il faut traiter ».
Voodoo Histories, de David Aaronovitch
Un nouvel ouvrage sur les théories du complot vient de sortir outre-Manche : Voodoo Histories: The Role of the Conspiracy Theory in Shaping Modern History (tr. fr. : Histoires vaudou : le rôle de la théorie du complot dans le façonnage de l'histoire moderne). Ecrit par l'éditorialiste britannique David Aaronovitch, Voodoo Histories traite, pêle-mêle, de l'assassinat de John F. Kennedy, des attentats du 11 septembre 2001, de la mort de Lady Di, des Protocoles des Sages de Sion, du premier pas de l'homme sur la Lune ou encore de l'attaque de Pearl Harbor.

Des extraits du livre concernant le 11-Septembre ont d'ores et déjà été publiés dans le Times le 29 avril dernier. L'auteur a également prononcé une conférence sur les théories du complot à la London Scholl of Economics le 7 mai 2009. Les anglophones peuvent écouter son intervention de 87 minutes en anglais ici.


Sources : Todd Leventhal, “New Book on Conspiracy Theories”, in Rumors, Myths, and Fabrications, 28 mai 2009 (traduction libre).

Entretien avec Adrien Minard


Roger Garaudy. Itinéraire d’une négation, de Michaël Prazan et Adrien Minard (Calmann-Lévy, 2007)
Conspiracy Watch : Vous êtes le co-auteur, avec Michaël Prazan, de Roger Garaudy. Itinéraire d’une négation (Calmann-Lévy, 2007). En quoi le parcours personnel de Roger Garaudy vous paraît-il éclairer la généalogie des discours conspirationnistes actuels ?

Adrien Minard : Lorsque, en 1996, Roger Garaudy publie son livre, Les mythes fondateurs de la politique israélienne, il donne un écho considérable aux thèses militantes de l'extrême-droite négationniste. Mais l'ouvrage ne se contente pas de relayer le discours des négateurs de la Shoah, il constitue également un bréviaire de l'antisionisme radical, énumérant les « mensonges » sur lesquels reposerait, selon lui, l'Etat d'Israël. De nombreux journalistes évoquent l'ultime conversion de l'ancien philosophe officiel du Parti communiste, qui a déjà fait parler de lui en embrassant la foi islamique au début des années 1980. Ce coup d'éclat est cependant loin d'être le dérapage d'un vieil homme manipulé, comme certains commentateurs l'ont laissé entendre. Dès les débuts de la guerre froide, il s'était imposé comme l'un des porte-parole les plus influents du PCF, publiant plusieurs pamphlets contre les « ennemis de l'URSS ». Il s'en prenait alors aux quelques intellectuels qui, comme David Rousset, tentaient, avant Soljenitsyne, d'alerter l'opinion sur le système concentrationnaire soviétique. Pour Garaudy, leurs témoignages ne pouvaient qu'avoir été fabriqués de toutes pièces dans les chancelleries occidentales, ou directement par Washington. Il assimilait donc la dénonciation des camps staliniens à une manœuvre de propagande orchestrée par les services américains, mise au service de leurs visées impérialistes. Le raisonnement est assez commun dans la contre-société communiste de l'époque. La trajectoire de Garaudy montre cependant comment cette trame discursive a pu être recyclée pour mettre en doute la Shoah, puis l'existence de groupes terroristes islamistes. Elle montre que les théories conspirationnistes actuelles ne sont pas seulement de nouveaux avatars du complotisme d'extrême droite, mais qu'elles procèdent souvent de phénomènes d'alliances et de métissages idéologiques dans lesquels la matrice stalinienne joue un rôle non négligeable.
Issa El-Ayoubi sur le plateau d'On ne peut pas plaire à tout le monde
La réputation sulfureuse qui entoure le Réseau Voltaire doit beaucoup à la personnalité de Thierry Meyssan. Les élucubrations conspirationnistes de l’auteur de l’Effroyable imposture ont toutefois tendance à éclipser son entourage où l’on trouve un personnage aussi discret qu’énigmatique : Issa El-Ayoubi.

Correspondant du journal libanais prosyrien Ad-Diyar, ce descendant de Saladin (il est l’un des héritiers de la dynastie des Ayyoubides) est aussi le vice-président du Réseau Voltaire – et accessoirement, du grand raout "rouge-brun" intitulé Axis for Peace. En novembre 2004, en pleine affaire Al-Manar, le public français a pu l’apercevoir sur France 3 : Issa El-Ayoubi venait défendre, sur le plateau de l’émission On ne peut pas plaire à tout le monde, le droit de la chaîne de télévision du Hezbollah à émettre en France, en dépit du contenu ouvertement antisémite de ses programmes. La chaîne Al-Manar avait notamment diffusé, l’année précédente, la série Al-Shatat, une version télévisée des Protocoles des Sages de Sion.

Mais Issa El-Ayoubi est aussi et surtout l'un des cadres les plus éminents du Parti social-nationaliste syrien (PSNS), un mouvement dont le négationniste François Duprat disait - pour en faire l'éloge - qu'il « représente la tendance la plus authentiquement fasciste du mouvement nationaliste arabe, et cela depuis sa fondation » (1).
Islam et Occident : les raisons d'un conflit, de Christian Delacampagne
En hommage à Christian Delacampagne, disparu il y a deux ans aujourd'hui, nous reproduisons un court extrait de son livre, Islam et Occident : les raisons d'un conflit (PUF, coll. Intervention philosophique, 2003), consacré à la théorie du complot :

Cette théorie – dont les mécanisme ont été pour la première fois démontés par Léon Poliakov dans son livre La causalité diabolique (1) – revient à trouver un coupable derrière tout ce qui arrive. Autrement dit, à expliquer tout ce qui va mal dans le monde (car les bonnes choses n’ont guère besoin d’explication) par la volonté maléfique d’un agent ou d’un groupe d’agents cachés.

Par Alain Duhamel


Alain Duhamel
En période de crise, les théories du complot souterrain, les fantasmes conspirationnistes, la mythologie des puissances obscures et des réseaux secrets qui domineraient le monde fleurissent comme jamais. Les thrillers ésotériques à la Dan Brown, les romans d'action paranoïaques à la Robert Ludlum remportent des triomphes mondiaux. Des bandes dessinées raniment avec succès les légendes templières ou maçonniques. Des séries télévisées captent des audiences gigantesques en jouant des peurs et des boucs émissaires. Internet propage les fables les plus extravagantes mais parfois les plus haineuses pour expliquer les grands malheurs actuels par les pires conjurations de l'ombre : les attentats du 11 septembre seraient ainsi le résultat de machinations ourdies par la CIA et par Israël ! Si le système bancaire et financier vacille, si le chômage augmente violemment, c'est que les maîtres clandestins du monde en ont décidé ainsi ! La crédulité traverse toutes les frontières et franchit toutes les bornes, comme si l'anxiété, la colère et le ressentiment avaient besoin de coupables occultes, de réseaux mystérieux, de fables machiavéliques, voire de contes sataniques.

Par Marc Durin-Valois


Napoléon n'a pas été assassiné par les Anglais
Toute une école d'historiens « empoisonnistes » l'a affirmé : Napoléon, disparu le 5 mai 1821 à Sainte-Hélène, à l'âge de 51 ans, aurait été traîtreusement occis à l'arsenic par les Anglais, selon un scénario politico-amoureux parfait. Le gouverneur britannique de l'île, Sir Hudson Lowe, aurait fomenté son assassinat avec le confident de l'Empereur en exil, le comte de Montholon, dont l'épouse, la belle Albine, venait de céder au charme de l'Empereur banni. En 1961, des chercheurs ont même mis en évidence une concentration anormalement élevée d'arsenic dans les cheveux de Bonaparte.
Mardi 12 Mai 2009


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Mardi 19 mai 2009 - Grande salle du CIERL


Pierre-André Taguieff
Dans le cadre du séminaire doctoral sur les « théories du complot » organisé par Emmanuelle Danblon et Jean-Philippe Schreiber, le politologue Pierre-André Taguieff (CNRS, CEVIPOF) interviendra sur le thème :

« L’imaginaire du complot mondial ou l’envers des Lumières. Nouvelles réflexions sur les Protocoles des Sages de Sion ».

Cette Journée d'études se tiendra le mardi 19 mai 2009 dans la Grande salle du Centre interdisciplinaire d'étude des religions et de la laïcité (CIERL), 17 avenue Roosevelt, 1050 Bruxelles.

Inscription obligatoire dans la limite des places disponibles.

Informations : edanblon@ulb.ac.be
Inscriptions : fatuma.tepatondele@ulb.ac.be
Site de référence : http://gral.ulb.ac.be

Télécharger, ci-dessous, le programme de la journée :

programme___19_mai_2009.pdf Programme - 19 mai 2009.pdf  (56.48 Ko)

Dimanche 10 Mai 2009


Tags : taguieff
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