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Par Rudy Reichstadt

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Sémantique

L'empire et ses barbarismes

Jeudi 27 Novembre 2008
L'empire et ses barbarismes

Depuis un certain nombre d’années, le terme « états-unien  » (ou « étatsunien ») tend à se substituer, dans la presse et sur internet, à celui d’« américain ». Ce remplacement subreptice d’un mot par un autre prend la forme d’un véritable coup d’Etat sémantique. Que cache-t-il ?


Il convient d’abord de souligner que l’on trouve cette expression dans deux types d’écrits :

- des textes engagés, politisés, militants, généralement marqués au coin d’une hostilité non dissimulée à l’encontre des Etats-Unis.
- des écrits à prétention savante, qui sont le plus souvent le fait d’universitaires, où l’emploi du terme « états-unien » est neutre, dénué de toute connotation anti-américaine.


Consciemment ou pas, les auteurs de ce second type d’écrits – chez qui l’utilisation du terme « états-unien » doit être interprétée comme une banale volonté de s’arroger un répertoire lexical délibérément « jargonnant » – prêtent main forte aux premiers.

Cela est d’autant plus préoccupant que ce terme d’« états-unien » n’est pas seulement une affaire d’adjectif. Le nom propre « Américain », qui a toujours été utilisé pour désigner les ressortissants des Etats-Unis d’Amérique, tend en effet à s’effacer au profit du barbarisme à majuscule « Etatsunien ». Or, les citoyens des Etats-Unis d’Amériques se désignent et se sont toujours désigner eux-mêmes comme des « Américains ». Pourquoi devrait-on leur dénier le droit d’utiliser ce terme ? Comment les promoteurs de cette innovation sémantique justifient-ils leur recours à ce barbarisme ?


Premier argument : l’adjectif « états-unien » serait plus satisfaisant qu’« américain » dans le sens où il serait plus précis et éviterait qu’on ne confonde les habitants des Etats-Unis avec ceux du continent américain.


L’argument est peu convaincant dès lors que l’utilisation, depuis plus de deux siècles, de l’épithète « américain » pour désigner ce qui se rapporte aux Etats-Unis d’Amériques n’a jamais posé le moindre problème. De Tocqueville (De la Démocratie en Amérique) à Joe Dassin (« L’Amérique ! - l’Amérique ! - Je veux l’avoir et je l’aurai… »), l’« Amérique » a toujours désigné, dans la langue française, les Etats-Unis. Lorsqu’on parle, par exemple, du rêve « américain », aucun doute n’est permis : les images qui nous viennent alors spontanément à l’esprit sont celles de la bannière étoilée, de la statue de la Liberté, de Martin Luther King (« I have a dream… »), ou encore (c’est mon propre imaginaire qui s’exprime ici !) de Silvester Stalone dans le film Rocky. C’est bien des Etats-Unis qu’on parle. Où donc est le risque de confusion ?


Deuxième argument : l’emploi du terme « américain » pour désigner les seuls Etats-Unis d’Amérique serait une énième manifestation de l’insupportable arrogance des Etats-Unis – et de leurs habitants – qui utilisent un terme désignant un continent pour se désigner eux-mêmes. En d’autres termes, utiliser le mot « américain » pour parler des Etats-Unis reviendrait à prêter allégeance à l’impérialisme du même nom.


Or, en se désignant comme « Américains », les ressortissants des Etats-Unis ne sont en rien des usurpateurs. D’abord parce qu’ils ont été les premiers à proclamer leur indépendance et à fonder un Etat outre-atlantique (1776). Ensuite parce que, de toutes façons, aucun autre Etat d’Amérique du Nord ou du d’Amérique du Sud ne contient le terme « américain » dans sa dénomination officielle. Dans ces conditions, en quoi les Etats-Unis devraient-ils se voir refuser le droit de se désigner eux-mêmes comme « américains » ?


L’argument selon lequel il ne faudrait pas prendre la partie (un Etat parmi d’autres) pour le tout (un continent) n’est pas davantage opérant. Car si l’on devait parler d’« Etats-Uniens » afin d’éviter de confondre les habitants de cet Etat et ceux du continent tout entier, devrions-nous désormais parler, au sujet des congolais de la RDC (ex-Zaïre), des « RDciens », afin de ne pas les confondre avec leurs voisins du Congo-Brazzaville ? Et comment devrions-nous alors appeler les Sud-Africains, ressortissants d’un pays qui a la monstrueuse « arrogance » de se dénommer lui-même « Afrique du Sud » alors qu’il est loin d’occuper toute la partie méridionale du continent africain ?


En réalité, à moins d’admettre que cette manœuvre sémantique repose sur des a priori idéologiques finalement aisément identifiables, on voit mal l’urgence qu’il y aurait à nous faire adopter ce barbarisme d’« états-unien ».

Rudy Reichstadt
Rédigé par Rudy Reichstadt le Jeudi 27 Novembre 2008 à 11:19
Mais qui donc a inventé le « truc de l’antisémitisme » ?
Répondant à deux de ses contradicteurs, le philosophe Alain Badiou écrit, dans un récent article du Monde (« Tout antisarkozyste est-il un chien ? », 24 juillet 2008) : « Les ennemis de toute politique autre que celle qu'ils nomment très à tort "démocratie", vu qu'elle est, de notoriété publique, le pouvoir d'une maigre oligarchie de dirigeants d'entreprise, de détenteurs de capitaux, de politiciens consensuels et de stars médiatiques, ont inventé depuis quelques années un truc dont ils usent maintenant contre quiconque leur déplaît : insinuer qu'il est antisémite ».

Que signifie cette phrase qui a conduit son auteur à polémiquer avec Daniel Franco dans les pages « Rebonds » de Libération (ici, et encore ?

Ce que Badiou entend par « toute politique autre que » la "démocratie" – dans son acception parlementaire, libérale – c'est… le communisme. Ancien leader d'une groupusculaire Union pour la construction d'un parti marxiste-léniniste, Badiou continue en effet de défendre « l'hypothèse communiste » jugeant qu'il n'y en a « pas d'autres ». Selon lui, « le mot "communisme" reste apte à nommer l'avenir politique de l'émancipation ». Par "communisme", Badiou ne veut évidemment pas parler du communisme incarné, des expériences stalinienne ou maoïste – qu'il défendait naguère et sur laquelle il n'a fait aucun retour critique. Pour lui, le communisme est avant tout une idée, au sens platonicien du terme. Non pas un dogme mais une utopie : celle d'une société égalitaire débarrassée de l'Etat. Or, pour Badiou, renoncer à cette utopie, c'est être un complice du "capitalo-parlementarisme" déguisé sous les oripeaux de la démocratie. Ce n'est pas trahir sa pensée que de dire qu'être un tel démocrate, pour lui, c'est faire partie de ses « ennemis ». Notons bien qu'il ne parle pas d'« adversaires » – avec qui un compromis est toujours possible – mais bien d'« ennemis ». Il est à cet égard révélateur que Badiou mette toute récusation de sa philosophie sur le compte d'une « volonté opiniâtre de maintenir [à son encontre] une accusation calomnieuse », lui qui n'envisage le débat philosophique que comme la continuation de la lutte des classes par d'autres moyens.

Continuons.

« Les ennemis de toute politique autre que celle qu'ils nomment très à tort "démocratie" (…) ont inventé depuis quelques années un truc dont ils usent maintenant contre quiconque leur déplaît : insinuer qu'il est antisémite ». Mais de qui Badiou veut-il donc parler ? De tous ceux qui – contrairement à lui – ne souscrivent pas à l'utopie communiste ? Avouons que ça ferait pas mal de monde.

Qui donc aurait intérêt à inventer le « truc de l'antisémitisme » (selon sa propre expression, plus bas dans le texte) ? On trouve un élément de réponse dans la définition qu'il donne – dans la même phrase – de la "démocratie" (les guillemets ont leur importance) et qui est, selon lui, « le pouvoir d'une maigre oligarchie de dirigeants d'entreprise, de détenteurs de capitaux, de politiciens consensuels et de stars médiatiques ».

Il faut donc imaginer les choses comme suit : il y a quelques années, des chefs d'entreprises, des rentiers, des hommes politiques et des gens du show-biz – suivez mon regard – se sont concertés en vue d'inventer une arme absolue permettant de clouer au pilori « quiconque leur déplaît ». Ce « truc » magique, c'est l'accusation d'antisémitisme. Notons au passage qu'un tel scénario nous amène aux confins du conspirationnisme le plus navrant. Mais passons.

Reste une question. Pourquoi, précisément, l'antisémitisme ? Pourquoi l'antisémitisme et pas le racisme anti-noir, la pédophilie, la folie, ou même la connerie – qui a l'avantage d'être universellement partagée ? Bref, pourquoi l'accusation d'antisémitisme plutôt qu'une autre ?

Il faut chercher la réponse dans un autre texte de Badiou, une tribune dans les pages « Rebonds » de Libération en date du 14 janvier 2008 : « Qu'est-ce qui tue quelqu'un, de nos jours, dans la guerre intellectuelle ? Parbleu ! L'accusation d'antisémitisme ! Voilà la bonne idée ! ».

Si l'on suit Badiou, l'accusation d'antisémitisme est censée tuer symboliquement celui qui en fait les frais. Il est pourtant permis d'en douter, ne serait-ce qu'au regard du crédit de sympathie dont Dieudonné a pu se prévaloir en dépit de ses sorties antisémites et jusqu'au moment – récent – où son copinage avec l'extrême droite est devenu impossible à occulter. On ne sache pas que Daniel Mermet soit interdit d'antenne ou qu'Edgar Morin, Sami Naïr et Danièle Sallenave ne trouvent aucun éditeur ! Citons également la récente affaire Charlie Hebdo dans laquelle il faudra nous expliquer pour quelle raison le dessinateur Siné – qui, si l'on suit toujours Badiou, aurait dû être foudroyé sur place – est aujourd'hui soutenu par une grande partie du monde du spectacle, le Nouvel Obs, et la grande majorité des internautes (80 % « à vue de nez » selon le site d'Arrêt sur images). A la lecture des commentaires laissés par ces derniers, il est difficile de ne pas s'apercevoir que l'exaspération générale n'est pas dirigée contre les antisémites mais que, contrairement à ce qu'insinue Badiou, elle a pour objet la « judéomanie », ce fameux « deux poids deux mesures » qui prévaudrait en France en faveur des Juifs.

L'accusation de « racisme », qui a éclaboussé Alain Finkielkraut il y a quelques années à la suite d'une interview dans le magasine Haaretz, semble autrement périlleuse. Ainsi, contrairement à Badiou, Finkielkraut ne peut désormais quasiment plus intervenir dans une conférence publique sans être aussitôt assailli par les lazzis et les récriminations des manifestants antiracistes.

Il suit de là que se voir taxé d'antisémitisme, en France, en 2008, est une tunique de Nessus plus légère à porter que celle dont on vous habille lorsque vous avez eu un mot malheureux sur la couleur des joueurs de l'équipe de France de football. Si Badiou était sérieux deux minutes, il reconnaîtrait que l'accusation d'antisémitisme a considérablement perdu de son efficace et que les « porte-flingues » du « truc de l'antisémitisme », ceux qu'il appelle les « tontons flingueurs de la nouvelle extrême droite », tirent avec des pistolets à eau.

Puisqu'elle ne fait plus mouche, on doit alors s'interroger sur la raison pour laquelle « les ennemis de toute politique autre que celle qu'ils nomment très à tort "démocratie" » ont donc une telle sensibilité à l'antisémitisme ? Et il faut alors risquer une hypothèse : si ces derniers ont décidé de traiter d'« antisémites » tous ceux qu'ils ont dans le nez, c'est peut-être parce que ces « dirigeants d'entreprise », ces « détenteurs de capitaux », ces « politiciens consensuels » et ces « stars médiatiques » sont, tout simplement,… juifs.

Evidemment, Badiou se défend de tenir un tel raisonnement, arguant que sa « conception politique » est « implacablement universaliste et internationaliste » et que ses « orientations politiques n'ont rien à voir avec les identités, quelles qu'elles soient ». Il n'y a, a priori, aucune raison de ne pas croire Badiou.

Sauf que…

Sauf que Badiou est l'auteur d'un petit livre intitulé Circonstances 3. Portées du mot « juif » (éd. Léo Scheer, 2005) dont il ressort que ceux qui « se réclament » du mot « juif » sont doublement blâmables : non seulement ils sont du côté des dominants (les « nouveaux aryens » qui oppriment les nouveaux damnés de la Terre), mais en plus ce sont des usurpateurs. Revendiquant avec succès le monopole du qualificatif « juif », ils l'usurpent, dans la mesure où « les vrais nouveaux juifs sont les Palestiniens » et où Israël se trouve être – par la magie d'un renversement des choses proprement hallucinant – « le pays du monde où il y a le moins de juifs » et, même, « un pays antisémite » (ainsi que le relève, non sans pertinence, Philippe Zard).

Dans un entretien au Monde publié il y a un an (14 juillet 2007), Badiou déclarait : « Il serait terrible pour les juifs, cette multiplicité vivante, de laisser le mot dont ils se réclament, et qui est lié de longue date aux aventures de l'universel, devenir l'emblème du capitalisme modernisé, de la xénophobie anti-arabe ou anti-africaine et des guerres américaines ». C'est dire si Badiou est pleinement conscient de ce qui se joue dans les polémiques actuelles autour de l'antisémitisme (« il serait terrible pour les juifs… », etc.).

Mais alors, comment ce philosophe, qui n'a ni l'excuse de l'ignorance ni celle de l'imbécillité – son œuvre, considérable, plaide en ce sens –, peut-il, dans les circonstances actuelles, faire preuve d'aussi peu de précaution et de prudence lorsqu'il manie ces mots (« juif », « antisémitisme ») ? Imagine-t-il vraiment que derrière ces « dirigeants d'entreprise », ces « détenteurs de capitaux », ces « politiciens consensuels » et ces « stars médiatiques », certains n'auront pas tôt fait de voir « les » Juifs ? Badiou a-t-il vraiment la naïveté de penser que ses lecteurs sont immunisés a priori contre l'antisémitisme ? Ce serait méconnaître les rapports ambigus qu'entretient, depuis sa naissance, la gauche radicale avec la « question juive ».

Quel vaccin Badiou prescrit-il contre cette tentation ? Quel remède contre cette peste de l'esprit qu'est l'antisémitisme ? De cela on ne saura décidément rien.
Rudy Reichstadt
Rédigé par Rudy Reichstadt le Lundi 04 Août 2008 à 17:32

Note de lecture

« Le Village de l'Allemand », de Boualem Sansal

En 2006, sa lettre ouverte aux Algériens (1), dédiée à la mémoire de Mohamed Boudiaf, avait été censurée par les autorités algériennes. Boualem Sansal s'y attaquait aux « Constantes nationales », soient les mythes les plus intouchables de l'Algérie indépendante forgés dès les lendemains de la lutte de libération nationale. Il relativisait en particulier l'islamité et l'arabité du peuple algérien. Ce qui ne lui a pas valu que des amis, loin s'en faut.



Il ne s'en fera pas davantage avec Le Village de l'Allemand ou le journal des frères Schiller qui est l'occasion, pour l'auteur, de revenir sur un autre tabou. Islamisme et nazisme, suggère Sansal, sont unis par une sorte de gémellité souterraine, qui trouve notamment ses origines dans l'accueil qu'ont fait de nombreux pays arabes à d'anciens criminels nazis aux lendemains de la Seconde guerre mondiale. Cette histoire, encore largement méconnue mais à laquelle plusieurs ouvrages érudits sont consacrés – ne citons que les travaux des politologues Olivier Carré (2),  Matthias Küntzel (3) ou encore l'enquête de Roger Faligot et Rémi Kauffer (4) – est traitée cette fois-ci sur le mode romanesque.





La suite de l'article sur le site de Culture & Cie





Notes :

(1) "Poste restante : Alger. Lettre de colère et d'espoir à mes compatriotes", Gallimard, Paris, 2006, 58 pages.

(2) "Le Nationalisme arabe", Payot et Rivages, Paris, 1996 et "Les Frères musulmans : 1928-1982" (avec Michel Seurat), L'Harmattan, Paris, 1983.

(3) "Djihad und Judenhass. Über den neuen antisemitischen Krieg" ["Le Djihad et la haine des Juifs. Sur la nouvelle guerre antisémite"], Ça ira, Freiburg, 2002.

(4) "Le croissant et la croix gammée", Albin Michel, Paris, 1990.

Rudy Reichstadt
Rédigé par Rudy Reichstadt le Mardi 15 Janvier 2008 à 16:42

Controverse

Icône de la gauche antilibérale, Hugo Chávez a initié un programme de réformes qui a irréversiblement changé le visage de son pays. Mais l’enthousiasme qu’il suscite laisse peu de place à la critique. Au nom de la solidarité altermondialiste, beaucoup n’hésitent pas à justifier des dérives de plus en plus flagrantes et à absoudre le leader vénézuelien de tous ses errements.


ProChoix, n° 41, automne 2007
Le Venezuela est l'une des démocraties les plus anciennes d'Amérique. Il y a neuf ans, les Vénézuéliens ont voté. Et le Venezuela est devenu une « république bolivarienne » – comme on parlait jadis de « république socialiste ». Lassés par l'impéritie d'une élite politique corrompue qui, échouant à résorber les inégalités croissantes et à endiguer la paupérisation de la société, ne savait résoudre les débordements sociaux que par la mitraille, les électeurs vénézueliens ont porté au pouvoir un homme neuf. Dans un pays où plus de la moitié des habitants vit en dessous du seuil de pauvreté, les promesses d'Hugo Chávez de soulager le sort des plus humbles et de mettre fin à un système de représentation moribond ont rencontré un écho favorable. L'ancien colonel de l'armée vénézuelienne, leader charismatique d'extraction modeste, est devenu un instrument de revanche sociale. Hugo Chávez a ainsi nationalisé le pétrole vénézuelien (la principale richesse du pays) et le redistribue sous la forme de programmes sociaux ambitieux dans les domaines de la santé, de l'éducation, du développement social, etc. Selon l'UNESCO, il a fait de son pays un territoire libre d'analphabétisme (le taux de scolarisation du Venezuela est parmi les dix meilleurs de la région) tandis que la croissance vénézuelienne est l'une des plus élevées au monde. [...]

La suite dans la revue ProChoix, n° 41, automne 2007.

...ou en téléchargement PDF ici.

Voir aussi ci-dessous la vidéo : "Le Venezuela d'Hugo Chávez" (émission "Un oeil sur la planète", France 2, 2006).
Rudy Reichstadt
Rédigé par Rudy Reichstadt le Jeudi 11 Octobre 2007 à 23:17

Controverse

Conflit chaotique, génocide ambigu, crise politique et humanitaire, le Darfour est un sujet grave, qui ne se prête pas facilement aux lectures manichéennes. Tandis que les french doctors se déchirent, en France, sur la manière d’appréhender la situation et sur les mesures à mettre en œuvre pour sauvegarder les populations civiles, le gouvernement de Khartoum continue ses exactions.


ProChoix n° 40

La généalogie du « conflit » du Darfour est relativement bien connue. En février 2003, au sortir d'une guerre civile de vingt ans ayant causé près de deux millions de morts au Sud-Soudan, une rébellion éclate au Darfour, cette province de l'Ouest du pays longtemps abandonnée à sa pauvreté extrême et revendiquant un partage plus équitable des revenus pétroliers soudanais. Pour étouffer le soulèvement, le régime d'Omar El-Béchir choisit alors délibérément d'armer des milices « arabes », déclenchant ainsi une impitoyable guerre de massacres et de pillages contre une population paysanne se définissant elle-même comme « négro-africaine ». Cette campagne « contre-insurrectionnelle », qui s'est étalée de mars 2003 à décembre 2004, s'est accompagnée d'une véritable purification ethnique occasionnant le meurtre de dizaines de milliers de civils (entre 30 000 et 70 000) appartenant à des tribus africaines noires et accusées, à ce titre, de soutenir la rébellion. La crise humanitaire qui s'en est suivie a semble-t-il causé quatre fois plus de victimes. En tout, on estime entre 200 000 et 400 000 le nombre de civils qui ont péri au cours de ces années [1] et à environ 2 millions le nombre de villageois chassés de leurs terres et entassés dans des camps de déplacés au Darfour ou au Tchad voisin. [...]



La suite dans la revue ProChoix, n° 40, été 2007.



...ou en téléchargement PDF ici.

Rudy Reichstadt
Rédigé par Rudy Reichstadt le Jeudi 28 Juin 2007 à 17:07

Note de lecture

Dans un essai à la fois pédagogique et profond, Didier Peyrat dresse un tableau sans complaisance des errements d’une sociologie absolutrice, prompte à noyer le problème de l’insécurité dans la violence de la société.


Face à l’insécurité, de Didier Peyrat

Magistrat au Tribunal de grande instance de Pontoise, Didier Peyrat intervient régulièrement dans les pages « opinions » du Monde ou de Libération. Il a consacré plusieurs publications à la question de l'insécurité. Face à l'insécurité : refaire la cité est la dernière en date.





La réflexion engagée par l'auteur, qui nous invite rien moins qu'à méditer sur la morale et la liberté humaine, est à la mesure de la gravité du problème. Car « au-delà de ses victimes immédiates, qu'elle abîme, l'insécurité excessive s'attaque à la sociabilité, qu'elle déchire ». L'insécurité trouve ainsi sa source dans la crise majeure de la civilité dans laquelle la société française est empêtrée et qui pèse lourdement sur les rapports sociaux au quotidien. Ce « vivre-ensemble » dont tout le monde se gargarise, à gauche comme à droite, est en réalité le nœud du problème. [...]





La suite de l'article est disponible en version intégrale sur le site de Culture & Cie.

Rudy Reichstadt
Rédigé par Rudy Reichstadt le Lundi 04 Juin 2007 à 22:33

Un entretien avec Adrien Barrot, paru dans le dernier numéro de L’Arche. Extraits.


« Le propre de la bête immonde, c’est qu’on ne la reconnaît pas »

Vous avez enseigné la philosophie dans des lycées de la banlieue parisienne et avez publié il y a quelques années un plaidoyer sur l'école (1). Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire un livre de réflexions sur la mort d'Ilan Halimi ?

Je dirais que c'est un double choc : le choc que j'ai ressenti au moment où les faits ont été connus et devant la mort de ce garçon ; et puis le choc redoublé que j'ai ressenti lorsque je suis allé à la manifestation du 26 février 2006 et que, alors que j'espérais un rassemblement considérable, j'ai dû constater que, derrière des personnalités officielles – les politiques, les représentants de la nation –, en réalité, c'était ce qu'on appelle la « communauté juive » qui avait manifesté dans une très grande solitude, même si, évidemment, bien des gens courageux ou de bonne volonté étaient là. Il fallait quand même dire le constat, inquiétant, attristant, que les Juifs avaient manifesté seuls. Cela m'a tout de suite conduit à écrire, d'autant plus que je lisais en même temps des prises de positions, des déclarations avec lesquelles j'étais en assez profond désaccord – pour des raisons diverses. Je me suis mis à écrire pour formuler et articuler un certain nombre de choses que je n'avais ni lu ni entendu nulle part et sous la pression d'une nécessité intérieure très forte. Et c'est comme ça que de fils en aiguilles, je me suis retrouvé en train d'écrire un livre.



Comment réagissez-vous aux commentaires de ceux qui, tout en regrettant qu'ils soient si répandus, ont pu comparer les clichés antisémites qui ont joué un rôle dans cette affaire (« les Juifs ont de l'argent » ; « les Juifs se serrent les coudes ») aux stéréotypes visant par exemple les Auvergnats ou les Corses ?

Cela me paraît tellement faible, pour ne pas dire nul et non avenu, que je ne vois pas très bien ce que l'on peut répondre à une telle absurdité. L'histoire montre à quel point elle est inopérante, et complaisante.



L'antisémitisme serait-il plus « grave » que les autres racismes ?

Je crois qu'il ne faut pas confondre un certain nombre de registres. Il n'y a pas lieu de faire une différence entre l'antisémitisme et d'autres formes de racisme d'un point de vue moral, d'une part, et d'un point de vue juridique, d'autre part. Maintenant, politiquement, il me semble que l'antisémitisme est une forme de racisme qui présente des spécificités « remarquables », qui sont repérables par leurs caractères et leurs conséquences dans l'histoire européenne en particulier. Autant je peux comprendre une préoccupation qui vise à ne pas vouloir faire « deux poids, deux mesures » moralement et juridiquement, autant je suis très inquiet devant quelque chose qui prend la forme d'une idéologie qui vise, en réalité, à banaliser l'antisémitisme, et qui peut très facilement aboutir – et qui aboutit malheureusement aujourd'hui – à refuser d'en reconnaître la réalité, la gravité, la nécessité d'en identifier les acteurs, les discours qui la soutiennent et à refuser de lutter contre.



(…)



La suite dans L'Arche, mai 2007, n° 589.



(1) L'Enseignement mis à mort, J'ai Lu, coll. Librio, 2000.

Rudy Reichstadt
Rédigé par Rudy Reichstadt le Mercredi 23 Mai 2007 à 20:01

Les travaux israéliens entrepris aux abords de l’esplanade des Mosquées ont donné lieu à de vives tensions. Provocation israélienne pour les uns, manipulation palestinienne pour les autres, la crise est révélatrice de l’enjeu central que constitue la Vieille Ville de Jérusalem. Sous bien des aspects, elle n’est pas sans rappeler la crise internationale qui a embrasé le monde arabo-musulman l’année dernière au sujet des caricatures de Mahomet.


Le Mur Occidental et la Porte des Maghrébins

La crise qui a éclaté à Jérusalem début février au sujet des travaux effectués par Israël aux abords de l'esplanade des Mosquées vient rappeler à qui serait tenté de l'oublier l'ultra-sensibilité du lieu en question et l'enjeu éminemment politique qu'il représente. La Vieille Ville de Jérusalem est au cœur des négociations de paix israélo-palestiniennes. Elle en est à la fois le noyau et l'une des pierres d'achoppement. Rappelons que la souveraineté revendiquée par Israël sur la Vieille Ville souffre d'un déficit patent de légitimité dès lors que l'annexion de Jérusalem-Est, conquise lors de la guerre de 1967, n'a jamais été reconnue par la communauté internationale. Dans ces circonstances, montrer son attachement à la terre, même au moindre centimètre carré, est presque aussi important que la contrôler effectivement.


L'origine de la crise qui nous occupe remonte à l'hiver 2004, […] La suite de l'article est disponible en version intégrale sur le site d'AgoraVox et celui de Yahoo Actualités.

Rudy Reichstadt
Rédigé par Rudy Reichstadt le Mardi 10 Avril 2007 à 23:42

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